lundi 16 mai 2022 - Evènements

Rencontre avec Clément Beaune, pour parler des élections législatives, du tourisme et du quartier du Marais.

Rencontre avec Clément Beaune, pour parler des élections législatives, du tourisme et du quartier du Marais.

Bonjour Clément, quelques mots pour vous présenter ? - Je suis depuis deux ans Secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Je suis né à Paris il y a quarante ans. J’y ai grandi, étudié, travaillé, et je suis aujourd’hui candidat pour être député dans la 7ème circonscription de Paris,   qui englobe le 4e arrondissement - et donc le côté sud du Marais - ainsi qu’une partie du 11e (Bastille, Popincourt) et du 12e arrondissement (Aligre, Gare de Lyon). Je suis convaincu qu’il faut donner une majorité au Président de la République et au gouvernement pour avancer, et non pour bloquer son action dans une forme de revanche.

Et quel est votre lien avec le quartier et le Marais ? - Je suis très attaché au Marais, c’est un quartier qui compte beaucoup pour moi et qui a joué un rôle important dans ma vie. C’est là où, plus jeune, avec mes premières sorties, rue des Archives notamment, j’ai pu construire mon identité, assumer celui que je suis. Et puis c’est un quartier qui symbolise bien Paris, qui rassemble une partie du plus beau patrimoine de notre capitale et de notre pays, et où s’y côtoient des “communautés” -  même si je n’aime pas beaucoup ce terme - qui vivent ensemble : LGBT, juive… C’est ce mélange, à l’image de notre capitale, qu’il ne faut pas perdre.

Une mixité qui tend pourtant aujourd’hui à disparaître, quand on voit notamment la fermeture progressive des commerces authentiques, des petits créateurs et bars LGBT…

Oui, c’est un vrai sujet. On l’a vu il y a 2 ans avec le départ de la librairie Les Mots à la bouche, maintenant installée dans le 11e, la menace qui a pesé sur le Tango l’an dernier, ou encore la fermeture annoncée fin juin de l’Open Café, un établissement pionnier et ouvert à tous qui a beaucoup compté pour moi. Ce sont des lieux symboliques et leur remplacement, peu à peu, par des commerces “standardisés”, essentiellement des boutiques de vêtements, traduit localement un phénomène de plus grande ampleur que l’on retrouve ailleurs à Paris : le risque de mono-activité, la perte de diversité commerciale et de l’identité même d’un quartier.

Dans le Marais, ce sont les commerces de « retail » de grandes enseignes de mode qui remplacent les commerces LGBT et les petits commerces de proximité. Dans dans le 11e, ce sont plutôt les bars qui s’implantent les uns à côté des autres et remplacent les commerces alimentaires. Mais la diversité commerciale est essentielle pour continuer à permettre une vie de quartier attractive et agréable.

Il faut construire une politique cohérente sur ce sujet, pour favoriser la diversité commerciale et organiser l’implantation des commerces de manière intelligente et coordonnée, avec une vraie concertation. C’est ce qui a été initié par exemple par la Semaest dont l’action est à saluer. Augmenter ses pouvoirs et ses moyens d’action, et son territoire d’intervention pourrait être l’une des solutions à développer pour lutter contre la mono-activité. Je veux à la fois pouvoir faire pression sur la Ville de Paris quand il le faudra, mais également travailler en bonne intelligence avec elle, lorsque c’est dans l’intérêt de tous. Je le ferai notamment avec Ariel Weil, Maire de Paris Centre.

Enfin, je veux dire que, sur ce sujet de la mono-activité commerciale, nous devrons réfléchir à élaborer de nouveaux outils, y compris s’il faut en passer par la loi. Le député sortant de la circonscription, Pacôme Rupin, avait notamment fait changer la loi pour permettre aux maires d’autoriser ou non, au cas par cas, la transformation de locaux commerciaux en meublés de tourisme de type Airbnb, pour éviter leur prolifération au détriment des commerces. Imaginer un mécanisme similaire pour autoriser ou non l’implantation de certains commerces, lorsqu’un quartier compte déjà de nombreux commerces du même type, pourrait être l’une des options à explorer.

Vous dîtes vouloir mettre la pression sur la Ville de Paris… Y a-t-il d’autres sujets sur lesquels vous êtes en désaccord avec la politique menée par l’Hôtel-de-Ville ?

Oui, sur l’esthétique des nouveaux mobiliers urbains installés en remplacement du mobilier Haussmannien historique, sur les réaménagements des grandes places de nos quartiers, comme la place de la République devenue une source de nuisances pour les riverains, ou la place de la Bastille qui est encore beaucoup trop minérale, sur l’absence de véritable végétalisation en pleine terre, contrairement aux engagements d’Anne Hidalgo qui promettait l’implantation de “forêts urbaines” dans Paris… Et évidemment sur la circulation et la pollution qui en découle.

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de critiquer la volonté d’aller vers une ville plus écologique, avec une meilleure qualité de l’air, ni de s’opposer à une réduction de la place de la voiture en ville. Cela va dans le sens de l’Histoire et cela correspond aux attentes des Parisiens.

Mais il faut trois éléments supplémentaires : d’abord un aménagement plus ambitieux, qui ne peut se limiter à fermer des rues à la circulation sans autre projet ; regardez la rue de Rivoli : pas de mobilier urbain, pas de plantations en plus, pas de promenade agréable, les trottoirs n’ont pas été repensés… Ensuite, la concertation préalable approfondie avec les commerçants, les riverains, les lieux touristiques et les hôteliers. Et puis, le développement sérieux de transports alternatifs, en lien avec la région : des horaires étendus pour les transports publics, des parkings relais aux portes de Paris…

Je ne veux pas tomber dans la critique systématique. Anne Hidalgo est maire de Paris et je ne remets pas en cause sa légitimité, comme d’autres remettent en cause le résultat des élections, y compris celui de l’élection présidentielle. Sur les grands sujets nationaux et internationaux, sur les questions fondamentales qui structurent notre vie démocratique, sur le plan des valeurs, sur notre attachement à la République et à l’Europe, je crois que nous pouvons nous retrouver sans difficulté. C’est d’ailleurs le cas d’un certain nombre d’élus socio-démocrates de la Ville de Paris qui n’entendent pas renier leurs convictions, contrairement à d’autres, en se ralliant à l’extrême-gauche.

Je veux notamment saluer sur ce point la sagesse d’Ariel Weil, maire de Paris Centre, qui ne cesse de rappeler son refus de l'extrémisme, qu’il soit de droite, à la présidentielle, ou de gauche, aux législatives.

Qui sont finalement vos adversaires pour ces élections législatives ?

Dans la 7e circonscription de Paris, c’est bien entendu la gauche radicale, car “NUPES” constitue en fait une absorption pure et simple de la gauche par l’extrême gauche la plus agressive. Je ne mets pas sur le même plan Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Néanmoins, sur un certain nombre de sujets, le programme défendu par La France Insoumise serait dévastateur pour notre pays et notre économie - notamment pour nos entreprises et nos commerces qui sortent tout juste d’une crise économique majeure et que nous avons soutenu et réussi à sauver. Il faut continuer à les accompagner en sortie de crise et dans un contexte international très incertain.

L’arrivée de responsables politiques de cette gauche extrême au pouvoir, qui sont prêts à rompre avec l’Europe et veulent arrêter la livraison d’armes à l’Ukraine, serait aussi dévastatrice pour l’image de la France dans le monde. Nos quartiers, pour lesquels le tourisme est si important, souffriraient de ce repli. C’est le premier secteur d’activité pour le Marais. Les touristes internationaux font leur retour, il faut préserver cette reprise, même s’il sera nécessaire de travailler au développement d’un tourisme durable, compatible avec la vie de quartier et le bien-être des riverrains, puis lutter contre le surtourisme, notamment dans la perspective des JO 2024.

Pour finir, et revenir au quartier du Marais, quels sont vos lieux préférés et vos coups de cœur ?

Ce sont des lieux simples, des adresses gourmandes et conviviales mais aussi historiques. Pour boire un verre l’Open Café, pour grignoter l’incontournable As du Falafel, le Comptoir Gourmet, rue du Temple pour déjeuner sur le pouce, Le Square Charles Victor Langlois, près de l’Eglise des blancs Manteaux, le jardin des Archives Nationales, l’Hotel de Sully et son jardin qui communique avec la Place des Vosges, le Mémorial de la Shoah et pour ses boutiques créatives, la rue du Roi de Sicile. Mais j’ai hâte d’en découvrir d’autres et je fais confiance à parismarais.com pour cela !

Propos recueillis par Pascal Fonquernie le Mercredi 11 mai 2022 sous les Arcades de la Place des Vosges, dans le 4ème arrondissement.