samedi 25 juin 2022 - Dernière minute

GOOD BYE OPEN CAFE... ET MERCI BERNARD !

GOOD BYE OPEN CAFE... ET MERCI BERNARD !

Bernard Bousset, créateur du SNEG et de l'Open Café tire sa révérence ce soir, jour de la Gay Pride. Demain 26 juin 2022, l'open Café sera fermé au 17 rue des Archives, mais renaitra peut-être bientot avec une nouvelle équipe et dans un nouveau lieu. Petite histoire du gay Marais, de l'Open Café et de l'emblématique corner Archives - Bretonnerie par son premier acteur historique.

" La vie gay à Paris a véritablement commencé dans les années 78 après la libération sexuelle des femmes en France et le flower power aux Etats Unis. Comme toujours avec un peu de retard sur les pays anglo-saxons. Jusqu’à ces années là, le Marais n était pas vraiment un endroit gay et surtout pas un endroit à la mode, c’était un quartier plutôt délabré et peu côté, car personne n’ avait globalement pris conscience de la valeur historique et architecturale de ce qui constitue en fait le plus grand quartier du 17 e siècle au monde. La vie gay était à Saint Germain des Prés dans les années soixante et dans la rue Sainte-Anne près de l’Opéra dans les années soixante-dix, ensuite les années 80 furent les années Halles avec la destruction des anciens marchés, le nouveau forum et les rues piétonnes, c’était l’époque du Broad et de Haute Tension.

Le Marais voit s’installer son premier bar gay en 1978 appelé le Village, ensuite il y eu le Duplex qui existe encore aujourd’hui comme un bar alternatif. Jusqu’en 1981 et l’arrivée de François Mitterand au pouvoir, l’homosexualité était encore punie par la loi et considérée comme une maladie. Les bars n’avaient pas de vitrine sur rue, il fallait sonner pour entrer, la discrétion était de rigueur, les harcelements de la police étaient nombreux. C’est pour mettre fin à ces pressions et constituer un contre pouvoir organisé  que s’est constitué le SNEG syndicat des entreprises gaies sous la présidence de Bernard Bousset et de nombreux autres militants et patrons d’établissements. Avec l’épidémie de sida, le SNEG joue un role de prévention et d’information avant tout pour lutter contre les discriminations. Il participe au lobbying des associations pour exiger des campagnes de pub ciblées qui prennent en compte les spécificités des populations gay. Relayant les institutions et associations il crée ses propres campagnes avec un certain succès. A cette époque, promouvoir l'usage des préservatifs était considéré comme une incitation à la débauche par l'état français, on marchait vraiment sur la tête, sans parler des positions de l'église catholique !

En 1992, le SNEG s'est développé également comme un lobby de défense des commerces gay avec le boom du développement des bars, restaurants et clubs du Marais. L’année 1994 fut vraiment une année charnière avec près de 70 établissements dans le Marais qui faisaient partie du SNEG. La gay pride réunissait 500 000 personnes pour l'Europride en 1997, les années suivantes le chiffre était toujours en progression, la Pride est une fête et un mouvement revendicatif auquel participent de nombreux hétéros et gay friendly venus de toute part. Et chaque week end des dizaines de milliers de garcons sortent dans le Marais, L'Open était leur "meeting point". Le gros avantage du quartier c’est sa concentration et le fait que l’on puisse tout faire à pied et passer d’un endroit à l’autre rapidement en quelques minutes, un peu comme dans le quartier de Soho à Londres ou Schöneberg à Berlin.

L'Open café a construit son succès grace à la clientèle touristique qui a aussi dopé l’économie du quartier… Une part très importante du revenu des bars LGBT vient des touristes. L’Open est l’endroit le plus cosmopolite du Marais, on y parle toutes les langues et l’anglais en premier. C’est le carrefour incontournable des touristes venus des 4 coins du monde. S’asseoir en terrasse et juste regarder passer les gens est un vrai plaisir pour eux, cela contribue à l’animation du quartier. Mais le Marais est devenu si populaire et si international que les gays ne sont plus le seul moteur de son dynamisme. En fait peu de gays habitent le Marais car l’immobilier est devenu trop cher, ils y viennent car c’est le quartier idéal pour sortir, mais ne peuvent y rester à part ceux qui ont eu la chance d’acheter avant les années 2000 quand le quartier était encore abordable. Les quartiers changent et se déplacent et aujourd'hui, une page se tourne."

Propos recueillis par Pascal Fonquernie. © parismarais.com-2022

 

Les Marmottes du marais, invitées de Bernard Bousset, pour le dernier déjeuner de l'Open Café ! Merci Bernard !